Josko : «Je rêve de représenter le Cameroun à l’étranger»

Josko El Montantë, de son vrai nom Joss-lyll Koko Kenfack Keagho est un jeune camerounais qui a fait de la musique, son métier de prédilection. Âgé de 20 ans, il s’est confié à notre rédaction pour nous expliquer les mobiles de sa volonté à migrer vers la musique, les difficultés auxquels il fait fassent, non sans formuler les vœux sur l’avenir de son pays qui traverse des crises sociopolitiques, ainsi sur sa carrière d’artiste.

Qui est Josko ?

Josko est un artiste rappeur camerounais évoluant dans le style afro trap. Je suis originaire de la ville de Dschang, je suis né à Yaoundé en 2001, ville où j’ai grandi ; et réside depuis lors. J’ai obtenu un Baccalauréat littéraire en 2018 et je poursuis présentement mes études à l’Institut supérieur Siantou en Journalisme. Josko est issu d’une famille polygame de 13 enfants dont il est l’avant-dernier, ma maman a quitté le Cameroun pour la France quand j’avais 5 ans du coup c’est une tante qui nous a éduqué mes frères et moi surtout que papa n’était pas très disponible.

Je ne peux pas dire que j’ai manqué de quelque chose, du moins j’ai toujours eu le nécessaire, je remercie mes parents pour ça, ma mère encore plus, car elle a toujours été présente malgré la distance… Aussi Josko est la combinaison de mes deux prénoms qui sont Joss et Koko.

Comment et quand a avez-vous décidé de vous lancer dans la musique ?

Déjà j’ai été bercé par la musique étant plus jeune, car mes frères étaient super fans de Corneille. Rire… Donc ils jouaient ses sons à longueur de journée, en plus des slows français. Par la suite, en classe de 3e je crois, j’ai développé une passion pour l’écriture à force de lire différents auteurs et d’étudier les différentes œuvres au programme scolaire.

C’est comme ça que je commence à griffonner des textes poétiques, je me voyais poète plus tard (sourire). En même temps j’écoutais beaucoup de musiques, françaises pour la plupart notamment Section D’assaut, Youssoupha et autres.

Je me souviens qu’un jour mon frère aîné, celui que je suis directement (vu qu’il est aussi très fan de musique), a écrit un refrain qui m’avait beaucoup plu, d’une part il l’avait fait pour me taquiner (sourire) ; du coup mes frères me disent : « mais attends, c’est toi qui écris chaque jour, mais tu chantes toujours les sons des gens, les tiens sont où ? Voilà Bill qui a déjà son propre son ».

C’est vrai qu’en écoutant le groupe Section d’assaut je suscitais déjà l’envie de faire du Rap, mais c’est cette anecdote surtout qui me booste. Je commence donc à écrire des textes constamment, à tout moment, et même à l’école.

Mes parents n’ont pas bien pris la chose, mais franchement je m’en foutais un peu, y’avait que ça dans ma tête à ce moment à tel point que je ne voulais plus aller à l’école (sourire). Malgré ça j’enregistre mon premier son 5 à 6 ans plus tard…

Comment voyez-vous votre carrière au Cameroun ?

Ma carrière au Cameroun, comment je la vois ? Je dirai que ça dépend de l’angle. Forcément y’aura des hauts et des bas, mais je me battrai pour que ma carrière connaisse le minimum de dos d’âne, parce que c’est ça être artiste, faire plaisir aux gens autant qu’on peut grâce à son art. Sinon comme la plupart je me bats pour qu’elle soit belle, je rêve de représenter le Cameroun à l’étranger en ramenant des trophées par exemple, en remplissant des stades, bref marquer mon histoire, sans oublier de faire le maximum de bénéfice pour la famille.

Quelles sont les voix que tu admires dans ton style et pourquoi ?

Comme je disais tantôt j’ai commencé par du rap français, après la Section d’assaut, je suis devenu le fan numéro 1 du rappeur MHD, mon idole carrément. Donc à force de l’écouter, son style qui est l’Afro trap m’a envoûté et je l’ai adopté direct. Plus tard mon rêve d’être artiste s’est concrétisé et cela m’a ramené au Rap camerounais, du coup je commence à kiffer les sonorités afro rap Camer notamment « Coller la petite » de Franko, « Do le Dab » de Tenor, ainsi que la plupart des titres de Nernos.

Vous rencontrez à coup sûr des difficultés dans ce métier. Parlez-nous-en…

Parlant des difficultés c’est vrai j’en rencontre sur différents angles. C’est toujours facile de se lever de bonheur et de dire je deviens artiste à partir d’aujourd’hui, mais assumer ou prouver qu’on mérite ce nom n’est pas toujours évident. Personnellement les difficultés rencontrées que je peux citer sont sûrement courantes pour certains jeunes artistes en herbe.

D’abord tu peux être déterminé, mais les moyens pour se financer une carrière n’y sont pas, obligé de faire quelques sacrifices pour se booster au minimum, de plus les médias ne sont pas toujours là pour te faire des pubs gratuites. Après y’a parfois certains proches toujours là pour te décourager, si ce n’est pas « laisses la musique et vas à l’école, la musique ne paye pas au Cameroun, à part si tu entres dans la sorcellerie », c’est plutôt « laisses la musique, ce n’est pas pour toi ». Encaisser tout ça n’est parfois pas évident, mais je ne peux pas m’apitoyer sur mon sort donc j’avance et je me dis chaque difficulté me rend plus courageux.

Êtes-vous signé sous un label ? Si oui, comment se passe la collaboration ?

Oui je suis signé depuis peu sous le label Talent Du Mboa. Mais juste pour le management et la collaboration se passe super bien. Le label se charge de ma communication et de mes contrats. Sinon en production je suis indépendant.

Quelle image Josko voudrait-il qu’on retienne de lui ?

L’image que je veux qu’on retienne de moi se résume en une phrase : « Je veux qu’on se souvienne de moi comme celui qui aura tout osé ». Pour être plus clair, j’ai toujours aimé procurer de la bonne humeur dans mon entourage donc j’aimerais le faire pour plus grand nombre. Je veux qu’on retienne de moi que j’étais un artiste engagé, qui donnait de la joie et qui a marqué la culture camerounaise…

Quel est votre calendrier actuellement ?

Mon calendrier actuellement ? Euh ! pour l’instant les booking ne sont pas prioritaires, par contre je travaille sur un projet pour cette fin d’année. C’est un EP qui sortira ce décembre 2020. Cela sera par ailleurs mon premier projet officiel. Les détails sur la date de sortie et toutes autres infos seront communiqués bientôt. Après y’aura la promo du truc et les spectacles aussi donc on peut déjà dire que ça rentre dans mon calendrier ; mais rien n’est encore calé en fait.

Votre famille vous soutient-elle dans cette aventure ?

Ma famille, ma famille, ma famille. Sincèrement on ne peut pas dire qu’elle me soutient dans ce métier. Déjà mon père lui n’a jamais été d’accord avec le fait que je fasse de la musique, encore moins du rap. Ma maman elle, n’est pas pour, mais tant que je vais à l’école elle n’a pas de problème (sourire). Elle me répète toujours : « Les rappeurs sont des voyous, quand chacun va dans ses occupations le matin on les voit dans la rue entrain de faire des bêtises » (sourire). Et comme je ne reçois leur soutient sur aucun plan je dois jongler comme on le dit souvent pour m’autofinancer ; du coup faut se priver de plusieurs choses pour pouvoir économiser. Mais ce n’est sûrement pas pour autant que je vais laisser tomber, même si recevoir leur soutien serait une des meilleures choses qui puissent arriver à ma carrière. Sinon y’a des frères et cousins qui m’encouragent et je crois qu’ils aimeraient me voir exceller dans le domaine…

Pour sortir de cet entretien, le Cameroun traverse des tensions sociales sans précédente. Que pouvez-vous dire de la réconciliation nationale dans votre pays ?

Oui comme vous l’avez dit le Cameroun traverse des tensions donc pour s’en sortir faudrait qu’on soit uni. C’est la base. On a perdu nos frères du Nord-Ouest et ça nous fait mal c’est pourquoi on doit tous se battre ; chacun à son niveau pour que les crises n’arrivent pas plus loin. On était à la marche du MAC (Mouvement des Artistes camerounais) organisée par les grands frères et on ne compte pas s’arrêter là. Après je pense aussi qu’à un moment le total pouvoir ne nous revient pas, le gouvernement doit agir aussi, ce qu’on peut faire c’est de lui apporter plus de soutien. Le message que je passe à mes frères camerounais c’est qu’on doit se battre à fond, au maximum, pour préserver l’unité de notre pays.